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SECRETAIRE GENERAL



« Dans une liberté plus grande : développement, sécurité et respect des droits de l'homme pour tous »

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Rapport du Secrétaire général de l'ONU sur l'activité de l'Organisation (2005)

Projet de création d'un Conseil des droits de l'homme

Les 100 citations de Kofi Anann-1997-2004

Pacte mondial-A Paris, Kofi Annan exhorte le monde des affaires à s'engager dans la lutte contre la pauvreté

Dossier Moyen-Orient du Centre de Nouvelles ONU


Les récentes déclarations du Secrétaire général sur le Moyen-Orient

LE SECRETAIRE GENERAL ET LE MOYEN-ORIENT

Dossier Liban

Rapport du Secrétaire général sur le sida

Page web-Plan de financement du développement

Conseil de sécurité-La situation en Afrique: les incidences du sida à l'égard de la paix et de la sécurité en Afrique (Janvier 2000)

Dossier France-Afrique du Ministère français des Affaires étrangères

L'AFRIQUE A SOIF DE DEMOCRATIE. Par Kofi A. Annan

Les causes des conflits et la promotion d'une paix et d'un développement durables en Afrique Rapport du Secrétaire général des Nations Unies

LE SECRETAIRE GENERAL SOULIGNE LES MOYENS PAR LESQUELS L’AFRIQUE POUVAIT JOUER PLEINEMENT SON ROLE DANS L’ECONOMIE MONDIALE

LES PARTENARIATS AVEC LE SECTEUR PRIVE SONT LA CONDITION ESSENTIELLE DU DEVELOPPEMENT INDUSTRIEL DE L'AFRIQUE, DECLARE M. KOFI ANNAN

L'ONU NE DOIT PAS MANQUER A SON OBLIGATION DE PROTEGER LES POPULATIONS CIVILES CONTRE LE GENOCIDE ET LE MASSACRE

Déclarations sur les questions à l'ordre du jour*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 






 

 
 
























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ACTIVITES DU SECRETAIRE GENERAL

2005


Message du Secrétaire général à l’occasion
de la Journée des droits de l’homme

Le 10 décembre 2005

Interdits depuis 57 ans par la Déclaration universelle des droits de l’homme, la torture et les peines et traitements cruels, inhumains ou dégradants demeurent bien trop répandus. Récemment, certains pays se sont mis à déroger à l’interdiction de torturer en invoquant ce qu’ils considèrent comme les impératifs de leur sécurité nationale. C’est extrêmement inquiétant.
Soyons clairs : la torture ne saurait être un moyen de lutter contre le terrorisme, puisqu’elle est elle-même un instrument de terreur.
L’interdiction de torturer est bien établie en droit international. Elle est sans équivoque et absolue. Elle s’impose à tous les États, dans tous les territoires sur lesquels ils exercent leur juridiction ou un contrôle effectif. Elle s’applique dans tous les cas, en temps de guerre comme en temps de paix. Et elle n’est pas fonction du vocable utilisé : tout traitement cruel ou inhumain est inacceptable et illégal, quel que soit le nom que l’on veut lui donner.
Les États doivent respecter cette interdiction et lutter vigoureusement pour que ceux qui l’enfreignent soient punis. Ni ceux qui conçoivent ou autorisent des actes de torture, quels qu’ils soient, ni ceux qui les commettent, ne doivent jouir de l’impunité. Les États doivent aussi se garder de donner la moindre légitimité à des actes de torture commis par d’autres. Ce qui signifie que nul ne doit être livré à un État tiers s’il risque d’être soumis à la torture.
La communauté internationale doit s’élever avec force, et d’une seule voix, contre toutes les formes de torture. Aujourd’hui, je demande à tous les États qui ne l’ont pas encore fait de ratifier la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que le Protocole s’y rapportant. Et j’engage instamment tous les États à permettre au Rapporteur spécial sur la torture de communiquer avec les détenus placés sous leur contrôle : c’est absolument essentiel pour ces personnes, que l’isolement expose à toutes sortes d’abus. Ensemble, nous devons aider les détenus qui ont été maltraités, tout comme les victimes de la torture, à se faire entendre et à obtenir réparation.
L’humanité fait face aujourd’hui à de graves problèmes. Le terrorisme est une menace réelle et immédiate. Mais la peur des terroristes ne peut justifier que l’on adopte leurs méthodes. Fermer les yeux sur la situation de tous ceux qui, dans nos sociétés, sont soumis à des traitements cruels et inhumains n’est pas acceptable non plus, d’autant plus que ce sont souvent les plus vulnérables qui sont touchés : les détenus, les marginaux, les démunis. Chaque fois que ce fléau se manifeste, nous devons le combattre en réaffirmant les valeurs fondamentales de l’humanité.
La Journée des droits de l’homme est l’occasion pour nous de réaffirmer notre attachement aux principes énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et notre volonté de faire disparaître la torture à jamais.



1er décembre, Journée mondiale de la lutte contre le sida: " Stopper la propagation du sida est une condition indispensable pour atteindre la plupart des autres objectifs du Millénaire", déclare Kofi Annan

Le sida a fait plus de 25 millions de morts depuis 1981, indique le rapport annuel d'ONUSIDA (Lire le rapport)


TRIBUNE

L’ONU et l’Internet

par Kofi A. Annan


En novembre se tiendra à Tunis le Sommet mondial sur la société de l’information. Son objectif principal sera de donner aux pays pauvres les moyens de tirer tout le parti possible des nouvelles technologies de l’information et des communications – surtout l’Internet – pour leur développement économique et social. Mais à mesure que le rendez-vous approche, les idées fausses se multiplient.
Une rumeur, par exemple, dont le succès ne laisse pas d’inquiéter est que l’ONU a l’intention de s’emparer de l’Internet, d’y faire la police, bref de le contrôler d’une manière ou d’une autre. Rien n’est moins vrai. Loin de chercher à faire main basse sur l’Internet, l’ONU veut lui garantir une portée mondiale. C’est tout le but du Sommet de novembre.
Il faut s’attendre que la défense de l’Internet suscite des réactions passionnées. Le réseau mondial n’existe que depuis peu de temps mais, déjà, il est devenu un vecteur de changement spectaculaire, voire révolutionnaire, dans des domaines qui vont de la santé à la politique en passant par l’enseignement et le journalisme. Dans nos propres activités de développement, nous n’avons encore fait qu’entrevoir les avantages qu’offre l’Internet : des secours plus rapides et mieux coordonnés pour les victimes de catastrophes; une information médicale qui peut sauver des vies pour les régions pauvres et reculées; et des sources d’information non censurée et une voie pour faire entendre les doléances et appeler à l’aide pour ceux qui vivent sous le joug de gouvernements répressifs.
Comment, en revanche, ne pas craindre que l’Internet ne serve à fomenter le terrorisme ou à aider les terroristes, à répandre la pornographie, à faciliter les trafics ou à glorifier le nazisme ou d’autres idéologies haineuses ? Mais censurer l’espace cybernétique, porter atteinte à ses fondements techniques, ou le soumettre à un contrôle gouvernemental strict reviendrait à se priver d’un des plus puissants instruments de progrès qui s’offrent à nous. Défendre l’Internet, c’est défendre la liberté.
Jusqu’à présent, certaines fonctions de l’Internet, comme le courrier non sollicité et la cybercriminalité, n’ont été gouvernées que de manière dispersée et fragmentaire, tandis que l’infrastructure du réseau mondial était gérée de façon officieuse mais efficace par diverses institutions agissant en collaboration, sous l’impulsion du secteur privé, de la société civile et des milieux universitaires et techniques. Mais les pays en développement ont du mal à suivre et ils ont le sentiment d’être tenus à l’écart.
Les États-Unis méritent notre gratitude pour avoir développé l’Internet et l’avoir mis à la disposition du reste de la planète. Pour des raisons qui tiennent à l’histoire du réseau mondial, ils détiennent l’autorité suprême sur certaines de ses ressources de base et des voix se font entendre pour réclamer que cette autorité soit partagée avec la communauté internationale. Les États-Unis, qui se sont acquittés de manière équitable et honorable de leurs fonctions de contrôle, reconnaissent eux-mêmes la légitimité des préoccupations d’autres gouvernements en matière de politique publique et de souveraineté et estiment qu’il faut continuer à chercher les moyens d’internationaliser davantage les mécanismes de gouvernance. Si le changement s’impose, ce n’est pas en raison du passé ni même du présent, mais c’est surtout en prévision de l’avenir : nous savons que l’Internet connaîtra une croissance spectaculaire dans les pays en développement.
Nous assistons actuellement à l’amorce d’un dialogue entre deux cultures différentes : celle de la communauté non gouvernementale des internautes où, traditionnellement, les décisions se prennent à la base et de façon informelle et celle du monde plus officiel et structuré des gouvernements et organisations intergouvernementales. L’Internet revêt de nos jours une telle importance pour l’économie et l’administration de presque tous les pays qu’il serait naïf de s’attendre à ce que les gouvernements s’en désintéressent, surtout quand on sait que son exploitation à des fins de service public se généralisera dans des domaines tels que l’enseignement et les soins de santé. Les autorités publiques doivent se doter d’une politique de l’Internet bien pensée et coordonner les initiatives entre gouvernements et avec les internautes eux-mêmes. Mais elles ne peuvent pas fixer les règles toutes seules. Elles doivent apprendre à collaborer avec d’autres parties intéressées que les Etats. Ce sont, après tout, ces autres partenaires qui ont joué un rôle capital dans la mise en place et la coordination de l’Internet, et qui resteront le moteur de son expansion et de son évolution.
Le débat sur la gouvernance de l’Internet s’est enlisé il y a deux ans au sommet de Genève. Pour le relancer et à la demande des États Membres de l’ONU, j’ai constitué le Groupe de travail sur la gouvernance de l’Internet. Celui-ci a présenté ses conclusions dans un rapport où s’expriment les vues de ses membres et non celles de l’ONU. Il a proposé de créer un « nouvel espace de dialogue », une instance sans pouvoir de décision mais où tous les partenaires pourraient échanger informations et recommandations sur les meilleures solutions et examiner ensemble les questions difficiles.
En ce qui concerne les futurs mécanismes de contrôle, le Groupe de travail a proposé diverses formules. Elles prévoient la participation plus ou moins importante des gouvernements et de l’ONU, mais aucune n’envisage que cette dernière se substitue aux organes techniques qui assurent actuellement le fonctionnement de l’Internet ni que l’on crée un nouvel organisme des Nations Unies. Quelques-unes supposent même que l’ONU serait complètement laissée à l’écart. Toutes partent du principe qu’il vaut mieux laisser aux organes techniques le soin de gérer le réseau mondial au jour le jour, ne serait-ce que pour le protéger des aléas de la politique. Les États Membres de l’ONU examinent actuellement ces propositions, parmi d’autres.
Tout le monde convient que les partenaires internationaux doivent participer davantage au débat sur la gouvernance de l’Internet. Là où il y a désaccord, c’est sur les moyens d’y parvenir. La crainte de voir les Nations Unies faire main basse sur l’Internet est dénuée de fondement. Certains seraient trop contents de trouver un nouveau cheval de bataille pour attaquer l’ONU. Qu’ils sachent que ce cheval-là ne les mènera pas loin. Tout ce que veut l’ONU, c’est promouvoir le dialogue et un consensus entre les parties pour que tous les peuples puissent un jour bénéficier des avantages de l’Internet.
Les réunions préparatoires du Sommet ont réaffirmé le droit « de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et des idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». J’invite instamment toutes les parties à se rendre à Tunis avec l’intention de réduire la fracture numérique, d’édifier une société de l’information ouverte et sans exclusive qui rendra tous les peuples plus riches et plus autonomes et de transposer dans le XXIe siècle le remarquable présent que nous a légué le siècle dernier.

Texte traduit de l’anglais, rédigé par le Secrétaire général de l’ONU.


 

Message du Secrétaire général des nations unies pour la Journée des Nations Unies

Le 24 octobre 2005


Chers amis,

En ce jour du soixantième anniversaire de l’Organisation des Nations Unies, il est clair que notre monde est bien différent de celui qu’habitaient ses fondateurs.
L’ONU doit être le reflet de son temps et s’adapter aux problèmes qu’il présente, en particulier le fait que des centaines de millions de personnes sont complètement démunies face à la faim, aux maladies et à la dégradation de l’environnement alors que le monde a les moyens de leur venir en aide.
Le mois dernier, les dirigeants politiques du monde entier se sont réunis au Siège de l’ONU, à New York, pour essayer de se mettre d’accord sur une action commune qui permettrait de régler ces problèmes.
Les dirigeants des pays riches autant que des pays pauvres se sont engagés à adopter des politiques qui, si elles sont intégralement appliquées, pourraient faire reculer la faim et la pauvreté de moitié au cours des 10 prochaines années.
Ils ont décidé de créer de nouveaux organes de l’ONU en vue de promouvoir le respect des droits de l’homme et de consolider la paix dans les pays que des conflits ont déchirés.
Ils se sont engagés à combattre le terrorisme sous toutes ses formes et à intervenir collectivement, en cas de besoin, pour sauver les populations menacées de génocide ou d’autres crimes odieux.
Ils ont aussi décidé de réformer en profondeur le Secrétariat de l’ONU.
Mais en ce qui concerne les changements climatiques et la réforme du Conseil de sécurité, ils n’ont fait que des déclarations sans vigueur. Et en ce qui concerne la prolifération et le désarmement nucléaires, ils n’ont absolument pas pu se mettre d’accord.
Ils nous ont donc laissé beaucoup de travail. En ce soixantième anniversaire de notre indispensable institution, je vous promets de faire ma part. Et je sais que vous ferez la vôtre, en véritables citoyens du monde.



Message du Secrétaire général à l’occasion de la Journée internationale de l’élimination de la pauvreté

Le 17 octobre 2005


La pauvreté a des effets dévastateurs sur les familles, les communautés et les pays. Elle engendre instabilité et troubles politiques et alimente les conflits. Aujourd’hui, quelque 800 millions de personnes souffrent de la faim et de malnutrition chronique. Chaque jour, 30 000 enfants meurent de causes associées directement à la pauvreté.
Ces chiffres confèrent un caractère impérieux au thème de la Journée internationale de l’élimination de la pauvreté de cette année, à savoir « Réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement : donner les moyens aux plus pauvres parmi les pauvres ». Ce thème met en relief le fait que l’on ne peut réduire la pauvreté sans des actions en faveur des plus pauvres parmi les pauvres, notamment des personnes souvent exclues du processus de développement. C’est seulement en établissant des partenariats avec ces personnes et en prenant des mesures pour remédier aux inégalités qu’on pourra éliminer la pauvreté sous tous ses aspects.
Adoptés par 189 chefs d’État et de gouvernement en 2000, la Déclaration du Millénaire et les objectifs du Millénaire pour le développement représentent un partenariat entre pays riches et pays pauvres en vue de lutter contre la pauvreté extrême et d’améliorer de manière tangible et mesurable les conditions de vie de millions d’hommes, de femmes et d’enfants du monde entier. Ces objectifs constitue un cadre central pour promouvoir le développement humain, qu’il s’agisse de veiller à ce que tous les enfants bénéficient de l’enseignement primaire, de réduire la mortalité infantile et maternelle et de lutter contre la propagation du VIH/sida et d’autres grandes maladies, ou qu’il s’agisse de l’objectif prioritaire consistant à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la pauvreté extrême et de la faim d’ici à 2015.
En septembre 2005, les dirigeants du monde entier se sont de nouveau réunis pour apporter un soutien unanime aux objectifs du Millénaire pour le développement ainsi qu’au programme de développement de l’ONU convenu lors des conférences et sommets organisés sous l’égide des Nations Unies. Les dirigeants sont convenus d’adopter, d’ici à 2006, des stratégies globales de développement national pour mettre en œuvre le programme de développement. Les pays développés ont décidé d’appuyer les efforts entrepris par les pays en développement en augmentant leur aide au développement, en appuyant les accords sur l’allégement de la dette de certains des pays les plus pauvres du monde et en adoptant des mesures propres à permettre au commerce de jouer le rôle qui lui revient dans la promotion de la croissance économique, de l’emploi et du développement au bénéfice de tous.
Ces engagements représentent une avancée dans la lutte contre la pauvreté, des promesses que nous devons ensemble traduire en mesures concrètes, en particulier pour les populations les plus pauvres du monde. En cette Journée internationale de l’élimination de la pauvreté, engageons-nous résolument à maintenir l’élan ainsi donné. Œuvrons de concert, riches et pauvres, pour offrir à tous les êtres humains de meilleures possibilités d’améliorer leurs conditions de vie.

Kofi A. Annan


Tribune libre

Un verre au moins à moitié plein

Par Kofi A. Annan

On a dit du document final adopté vendredi dernier à l’issue du Sommet mondial des Nations Unies qu’il était « décevant » et que le texte avait été « dilué ». C’est partiellement vrai, et je l’ai dit mercredi aux dirigeants des pays du monde. Mais dans l’ensemble, il n’en demeure pas moins l’expression d’une remarquable unité mondiale sur toute une série de questions.
C’est une bonne nouvelle, après des semaines de négociations tendues. Mardi matin, il restait encore 27 questions non réglées et 140 points de désaccord. Après une dernière salve d’« à prendre ou à laisser », le document a pu être bouclé, mais si tard dans la journée que les journalistes et les commentateurs n’ont guère eu le temps d’analyser le texte en entier avant de se prononcer. À présent, ils reviennent sur beaucoup de leurs jugements, ou y apportent des nuances, et ce n’est pas les critiquer que de le dire.
Loin de moi, d’ailleurs, l’idée de les critiquer, car la plupart d’entre eux ont été plein d’égards pour moi. Ils ont attribué l’échec supposé du Sommet aux États Membres, lesquels n’auraient pas embrassé les ambitieuses réformes que j’avais proposées. C’est un malentendu que je me dois de lever.
En mars, quand j’ai présenté un programme pour le sommet, j’ai délibérément placé la barre très haut, sachant que dans les négociations internationales, on n’obtient jamais tout ce que l’on demande. J’ai aussi présenté les réformes comme un tout, non pas parce que je m’attendais à ce qu’elles soient adoptées telles quelles, mais parce qu’il y avait plus de chance que des progrès soient accomplis sur l’ensemble que sur chacune des parties, les États devant, à mon sens, être plus disposés à surmonter leurs éventuelles réserves sur certaines questions s’ils constataient qu’une attention sérieuse était consacrée à celles qui leur paraissaient prioritaires.
C’est exactement ce qui s’est produit.
[Le document d’aujourd’hui contient des engagements fermes et sans équivoque, des donateurs aussi bien que des pays en développement, sur les mesures concrètes qui seront prises pour atteindre, d’ici à 2015, les objectifs de développement dont il a été convenu au Sommet du Millénaire, il y a cinq ans, et que le Président Bush a pour ainsi dire scellés en les entérinant personnellement dans le discours qu’il a donné mercredi.]
Le document d’aujourd’hui contient des engagements fermes et sans équivoque, des donateurs aussi bien que des pays en développement, sur les mesures concrètes qui seront prises pour atteindre, d’ici à 2015, les objectifs de développement dont il a été convenu au Sommet du Millénaire, il y a cinq ans. A présent que le Président Bush les a clairement approuvés personnellement dans le discours qu’il a donné mercredi dernier lors du Sommet, ils peuvent être considérés comme ayant été incontestablement entérinés par la communauté internationale.

Le document énonce des décisions visant à renforcer les capacités de maintien de la paix, de rétablissement de la paix et de consolidation de la paix de l’ONU, et contient notamment des dispositions précises relatives à la création d’une commission de la consolidation de la paix qui veillera à ce que les efforts que déploie la communauté internationale pour instaurer une paix durable dans les pays déchirés par la guerre soient plus cohérents et s’inscrivent dans le long terme.
Il y est décidé que le Haut Commissariat aux droits de l’homme sera renforcé et que son budget sera doublé, qu’il sera créé un système mondial d’alerte rapide en cas de catastrophe naturelle, que des ressources supplémentaires seront mobilisées pour la lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme et que des améliorations seront apportées au Fonds central autorenouvelable d’urgence des Nations Unies pour qu’à l’avenir, les secours d’urgence arrivent à coup sûr, et plus vite.
Contrairement à ce que j’avais recommandé, il ne définit pas clairement le terrorisme. Mais il contient, pour la première fois dans l’histoire des Nations Unies, une condamnation catégorique, par tous les États Membres, du terrorisme « sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, quels qu’en soient les auteurs, où qu’il frappe et quelle que soit la cause qu’il prétend servir », et un appel très ferme à la mise au point d’une convention générale sur le terrorisme dans un délai de 12 mois, ainsi qu’un accord sur l’élaboration d’une stratégie antiterroriste mondiale propre à affaiblir les terroristes tout en fortifiant la communauté internationale.
Ce qui me touche le plus est, je crois, le fait que tous les membres de l’ONU aient clairement reconnu l’existence d’une responsabilité collective de protéger les populations civiles menacées de génocide, de crimes de guerre, de nettoyage ethnique ou de crimes contre l’humanité, et se soient engagés à s’acquitter de cette responsabilité par l’intermédiaire du Conseil de sécurité lorsque les autorités locales ne sont manifestement pas à la hauteur. C’est en 1998 que j’ai pour la première fois préconisé cette façon de procéder ; après nos échecs en Bosnie et au Rwanda, le principe de la responsabilité de protéger me paraissait incontournable. Je suis heureux que l’idée soit finalement acceptée et j’espère que, le moment venu, les mots feront place à l’action.
Ma proposition de création d’un nouveau Conseil des droits de l’homme a aussi été acceptée, sans toutefois les modalités dont j’espérais qu’elles feraient de ce nouvel organe un instrument bien plus efficace que l’actuelle Commission. C’est à l’Assemblée générale qu’il appartiendra de définir ces modalités au cours de l’année à venir. Les nations attachées aux droits de l’homme devront s’atteler à la tâche pour veiller à ce que le Conseil représente plus qu’un changement cosmétique.
Les États Membres ont accepté la plupart des propositions détaillées que j’avais faites au sujet de la réforme de la gestion. Très bientôt, des contrôles et des audits plus indépendants et plus rigoureux de nos activités devraient être institués, les tâches qui n’ont plus de raison d’être devraient être éliminées et certains fonctionnaires devraient quitter l’Organisation dans le cadre d’un programme de départs négociés – ce qui nous permettra de nous concentrer sur les priorités d’aujourd’hui et de recruter du personnel capable de s’acquitter des fonctions correspondantes – et les règles régissant l’utilisation de nos ressources financières et humaines devraient être profondément remaniées.
Toutefois, les États Membres se sont abstenus de donner au Secrétaire général de l’Organisation les pouvoirs exécutifs étendus qui nous seront nécessaires, à moi et à mes successeurs, pour exécuter les opérations de plus en plus diverses dont l’ONU est chargée.
J’avais aussi suggéré une réforme du Conseil de sécurité qui aurait rendu cet organe plus représentatif des réalités actuelles. Ici aussi, il existe un accord de principe, mais ce sont comme toujours les détails qui nous ont fait achopper. Le document final prévoit que les nations continueront de rechercher une solution et qu’un nouveau bilan sera dressé à la fin de 2005.
La lacune la plus grave est l’absence de décision sur la prolifération des armes nucléaires qui, étant donné la possibilité qu’elles tombent entre les mains de terroristes, représente à n’en pas douter le danger le plus grave dans l’immédiat. Certains États auraient voulu donner la priorité absolue à la non-prolifération, tandis que d’autres voulaient que le renforcement du Traité sur la non-prolifération passe par de nouvelles mesures de désarmement. C’est ainsi que s’est répété l’échec qu’avait connu en mai la conférence d’examen du Traité.
Chacun conviendra que la question est trop importante pour que nous nous laissions tenir en échec par l’indécision. J’exhorte tous les dirigeants, quel que soit le camp auquel ils appartiennent, à faire preuve de plus de sagesse politique et à s’efforcer de toute urgence de trouver un terrain d’entente. À défaut, ce sommet risque de ne rester dans les annales de l’histoire que pour ce qu’il n’aura pas permis de faire : arrêter la désintégration du régime de non-prolifération. Tout ce qui y aura été accompli de réellement utile semblera alors, effectivement, bien peu de chose.

*Kofi A. Annan est le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies.


Tribune libre

Appel à l’action en faveur de la sécurité alimentaire en Afrique

Par Kofi Annan

Mardi dernier, à Zinder, dans une des principales régions agricoles du Niger, j’ai rencontré une jeune femme de 23 ans du nom de Sueba. Pour obtenir des secours alimentaires, elle avait parcouru plus de 75 kilomètres avec dans les bras sa fille, Zulayden, âgée de deux ans. Sueba avait déjà perdu deux enfants, morts de faim, et celle qui lui restait ne pesait que 60 % du poids normal d’un enfant de son âge. Elle craignait qu’au pire Zulayden ne survive pas et qu’au mieux, l’enfant connaisse toute sa vie la faim et les privations qu’elle-même ne connaissait que trop bien. Avec dans les yeux un regard que je n’oublierai jamais, elle implorait le monde d’entendre son appel à l’aide, non seulement ce jour là mais aussi dans les mois et les années à venir.

Le peuple et le Gouvernement du Niger traversent une multitude d’épreuves redoutables, dont la faim, une sécheresse persistante, l’avancée de la désertification, des invasions de criquets pèlerins et des marchés régionaux en déconfiture. Des organismes publics et des associations de la société civile se mobilisent à présent pour venir en aide aux plus nécessiteux, en particulier les enfants. La détresse dont j’ai été témoin au Niger est profonde, mais certains signes montrent que le pays devrait être capable de surmonter cette crise, et de nous apprendre des choses à tous.

Quoique tardivement, le reste du monde vole au secours du Niger. Mais le même spectre - celui d’une famine survenant dans un climat généralisé d’insécurité alimentaire - hante près de 20 millions de personnes dans d’autres régions du Sahel, dans le sud du Soudan, en Éthiopie, en Érythrée, en Somalie et en Afrique australe. Si nous agissons sans attendre, ce spectre pourra être conjuré.

Selon le Programme alimentaire mondial, un Africain sur trois souffre de malnutrition. Chaque année, des centaines de milliers d’enfants africains, affaiblis par la malnutrition et la faim, connaissent une mort qui aurait pu être évitée.

Tant l’activité humaine que la nature entrent en jeu. Au Sahel, la désertification et la dégradation de l’environnement privent la population de terres cultivables et d’eau potable, la vouant ainsi à la famine. La médiocrité des performances des marchés régionaux fait que de nombreux ménages pauvres n’ont pas les moyens de s’alimenter. La sécheresse qui a suivi les invasions de criquets de l’an dernier a été un véritable désastre pour la population de cette région aride et fragilisée.

La pauvreté, annonciatrice de la faim, est l’éternelle toile de fonds de toute cette détresse. Ce n’est pas un hasard que le Sahel occidental, terre d’élection de la faim, est une des régions les plus pauvres et les plus inaccessibles de la planète. Et la faim, à son tour, fait souvent le lit de l’instabilité sociale, des émigrations massives, de la maladie et de la violence. Homère l’a bien dit il y a des siècles : « la faim est pleine d’insolence ».

Nous devons chercher à régler le problème de la sécurité alimentaire à ses premiers stades, avant que la souffrance ne gagne du terrain et que secourir les plus vulnérables ne devienne une entreprise très coûteuse. S’il n’y a ni remède miracle ni solution unique à la disette, il a tout de même beaucoup de choses à faire.

Premièrement, il nous faut mieux analyser le système de l’alerte rapide. Dans les premiers temps, au Niger, la communauté internationale n’a pas su faire la différence entre une situation classique – un pays pauvre qui se débat pour subvenir aux besoins de sa population – à une véritable situation d’urgence. Certains des remèdes préconisés n’étaient donc pas ceux que dictaient des circonstances devenues dramatiques.

Deuxièmement, il faut que suffisamment de fonds soient disponibles à l’avance pour que les gouvernements, les organismes des Nations Unies et les organisations non gouvernementales puissent se préparer à intervenir et déployer plus rapidement du personnel. Une des principales réformes que je souhaite voir examinée au sommet mondial qui se tiendra le mois prochain consisterait à décupler les réserves disponibles dans le Fonds de secours des Nations Unies pour que les organismes d’aide des Nations Unies puissent lancer rapidement des opérations de secours.

Troisièmement, nous devons privilégier la prévention. L’allégement de la dette, l’accroissement de l’aide et des réformes des régimes commerciaux régionaux et internationaux allant dans un sens favorable aux pauvres sont autant d’éléments propres à favoriser le développement de la production agricole locale. En développant l’agriculture irriguée, on pourrait également réduire la dépendance à l’égard de pluies irrégulières et améliorer la production alimentaire. De manière générale, il est grand temps d’exploiter les progrès scientifiques et l’expérience acquise en Asie et ailleurs afin d’amorcer une révolution verte en Afrique. On le sait, prévenir revient moins cher que guérir. Mais lorsqu’il est trop tard, lorsqu’une crise s’est déjà déclarée, il ne peut plus être question de subordonner l’octroi de l’aide d’urgence qui permettra de sauver des vies à un quelconque objectif d’autonomie pour l’avenir. C’est aux êtres humains, et non aux grands principes, qu’il faut penser d’abord.

Quatrièmement, nous devons consolider les structures de la région et exploiter ses points forts. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se montre de plus en plus apte à faire face aux problèmes humanitaires et aux menaces qui pèsent sur la paix et la sécurité dans la région. Le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) gagne en importance en tant que cadre de coopération entre les pays d’Afrique et les donateurs bilatéraux et multilatéraux. Tous deux méritent de bénéficier d’un soutien international accru.

Cinquièmement, chacun doit accepter sa part de responsabilité au lieu de rejeter la faute sur autrui. Tous les intéressés – les gouvernements de la région, les donateurs, les institutions financières internationales et les organismes d’aide – ont une part de responsabilité dans la crise. Nous avons tous mis trop de temps à réagir : à comprendre la situation, à déployer du personnel, à dégager des ressources.

Le défi que nous devons collectivement relever à ce stade, c’est d’éviter que des populations ne souffrent inutilement, de nous doter des moyens de réagir plus vite et de renforcer les mécanismes d’adaptation et de survie des populations locales pour que les problèmes de sécurité alimentaire soient abordés comme un continuum, de façon globale et à long terme.

Le Sahel ne pourra se développer, prospérer ou être véritablement libre tant que ses habitants auront le ventre creux. Ni Sueba, ni Zulayden, ni des millions d’autres Sahéliens ne seront vraiment libres tant que la pauvreté continuera d’ébrécher leur dignité d’êtres humains. Pour eux, et pour les générations futures, nous devons sans plus attendre mettre fin à la calamité qu’est la faim en Afrique.

Palestine: Message de M. Kofi Anann adressé à la Conférence internationale de la société civile à l'appui de la paix au Moyen-Orient, tenue à Paris les 12 et 13 juillet


Conférence du Secrétaire général sur les objectifs du Millénaire pour le développement, Cathédrale Saint-Paul à Londres


Sommet de l'Union africaine : Kofi Annan annonce la création d'un Fonds pour la démocratie


Les relations USA-ONU

Kofi Annan déplore que l'ONU soit confrontée, une nouvelle fois, à une menace du Congrès américain


20 juin 2005-Journée mondiale des réfugiés-Message du Secrétaire général


TRIBUNE

L’ONU en Iraq :

beaucoup de travail, peu de bruit

Par Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies

La semaine prochaine, mercredi 22 juin, à Bruxelles, je me joindrai aux représentants de plus de 80 gouvernements et institutions réunis pour clamer haut et fort qu’ils soutiennent la transition politique en Iraq.
Il y a un an, dans sa résolution 1546, le Conseil de sécurité de l’ONU a fixé le calendrier que l’Iraq, avec l’assistance des Nations Unies et de la communauté internationale, était censé respecter. La conférence de Bruxelles sera l’occasion de redire aux Iraquiens que la communauté internationale est à leurs côtés alors qu’ils luttent courageusement pour rebâtir leur pays, et que nous sommes conscients de tous les progrès qu’ils ont accomplis malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent.
Les élections ont eu lieu en janvier, comme prévu. Trois mois plus tard, l’Assemblée nationale de transition a confirmé le Gouvernement de transition. Les partis dominants ont entamé des négociations sans exclusive dont un des thèmes principaux est l’ouverture aux Arabes sunnites. Beaucoup de groupes et de partis sunnites font désormais le nécessaire pour avoir réellement voix au chapitre dans le processus de rédaction de la nouvelle constitution et pouvoir participer pleinement au référendum d’approbation du texte, ainsi qu’aux élections prévues pour décembre.
À ce propos, un accord qui prévoit l’expansion du comité de rédaction de la constitution pour que les Arabes sunnites puissent y être dûment représentés a été conclu cette semaine/la semaine dernière avec l’aide de l’ONU. Il devrait encourager tous les Iraquiens à poursuivre la rédaction du projet de constitution de sorte que la date limite du 15 août soit respectée.
Il y aura très certainement des retards frustrants et de pénibles accidents de parcours. Mais ne perdons pas de vue le fait que partout en Iraq, aujourd’hui, les Iraquiens débattent de pratiquement tous les aspects de leur avenir politique.
Des Iraquiens d’horizons très divers ont instamment demandé à l’ONU de les aider à poursuivre sur leur lancée, comme lors des élections de janvier. Ils nous ont demandé de les aider à élaborer la constitution, à préparer le référendum d’octobre et les élections de décembre, et à coordonner l’assistance fournie pour la transition politique, ainsi que pour la reconstruction et le développement.
Nous avons répondu promptement et résolument à leur appel. Nous avons créé un mécanisme de coordination de l’aide à Bagdad, mis en place un Groupe de l’appui constitutionnel et instauré une collaboration active avec le Comité constitutionnel de l’Assemblée. Aujourd’hui, plus de 800 membres du personnel des Nations Unies recrutés sur les plans local et international, dont des agents de sécurité, sont en poste en Iraq dans le cadre de la Mission d’assistance des Nations Unies.
À l’ère des médias omniprésents, la notoriété est souvent brandie comme une preuve de succès. Mais ce n’est pas nécessairement vrai dans le cas de l’Iraq. Même quand les résultats de nos efforts sont bien visibles, comme dans le cas de l’accord de la semaine dernière, les efforts eux-mêmes doivent être déployés sans fanfare, à l’abri des caméras.
C’est surtout des Iraquiens eux-mêmes que dépendra le succès ou l’insuccès de l’action menée par l’ONU pour les aider. Ils sont les seuls à pouvoir rédiger une constitution juste qui ne fasse pas de laissés pour compte. L’ONU ne peut pas la rédiger pour eux, et ne le fera pas. Il n’y a d’ailleurs pas de raison qu’elle le fasse, car ils sont parfaitement capables de le faire eux-mêmes. Ils souhaitent être conseillés, mais ils décideront eux-mêmes quels conseils valent la peine d’être suivis.
Le compromis entre les différents groupes constitutifs de la population iraquienne qui sous-tendra la constitution sera tout aussi important que les dispositions du texte. Par son appui et ses activités de facilitation, mon Représentant spécial, Ashraf Qazi, aide à accomplir la tâche délicate qui consiste à ouvrir le processus politique à tous les groupes d’Iraquiens afin que la transition ne fasse vraiment aucun exclu. Lui aussi, qui œuvre à restaurer entre les différents groupes la confiance indispensable au succès de la transition prévue par la résolution 1546, travaille nécessairement loin des projecteurs.
Certes, il en est qui voudraient exacerber les tensions interethniques et empêcher la création d’un Iraq démocratique, pluraliste et stable. Ceux-là cherchent à profiter des graves difficultés que rencontre le commun des Iraquiens et à exploiter la colère et le ressentiment de la population pour entretenir la haine et la violence. On voit chaque jour leur ouvrage dans les rues de l’Iraq.
Je ne crois pas que le renforcement des mesures de sécurité soit une réaction suffisante. Pour donner les résultats recherchés, ces mesures doivent s’inscrire dans une stratégie d’ensemble qui englobe la transition politique, le développement, les droits de l’homme et la mise en place du cadre institutionnel nécessaire, pour que tous les Iraquiens, quel que soit le groupe auquel ils appartiennent, se rendent compte qu’ils seront gagnants dans le nouvel Iraq. Dans le même temps, il faut aider l’Iraq à assumer son passé torturé, un passé qui n’en finit pas de prendre sa revanche et qui, faute d’être géré, pourrait continuer à hanter les générations futures. Ce projet serait difficile pour toute société en transition, mais il l’est plus encore pour l’Iraq étant donné les conditions extrêmement dangereuses qui règnent dans certains régions.
Pour faciliter la transition, l’ONU travaille, dans le pays et à l’extérieur, à la coordination de l’aide, au renforcement des capacités des ministères iraquiens et des organisations de la société civile, et à la fourniture de services de base. Reconstruction des écoles, des stations d’épuration des eaux usées et de traitement des déchets, des centrales électriques et des lignes de transport, assistance alimentaire aux enfants, déminage et aide aux centaines de milliers de réfugiés et de déplacés qui rentrent chez eux, toutes ces activités sont menées au quotidien sous la houlette de l’ONU.
La transition demeure douloureuse et pénible pour les Iraquiens, qui ont encore beaucoup de chemin à faire. L’ONU s’estime privilégiée de marcher à leurs côtés, et est bien décidée à le faire. Elle sert ainsi non seulement le peuple iraquien, mais aussi tous les autres peuples, qui ont le plus grand intérêt à ce qu’un Iraq stable, pacifique et démocratique s’édifie au cœur du Moyen-Orient.


Message du Secrétaire général à l’occasion
du Séminaire international à l’intention des médias
sur la question de la paix au Moyen-Orient organisé
sur le thème suivant : « Relance du processus de paix : rôle des partenaires internationaux et régionaux
dans la recherche d’une paix globale, juste et durable au Moyen-Orient »

Le Caire, 13 juin 2005

Prononcé par M. Shashi Tharoor, Secrétaire général adjoint à la communication et à l’information

Ce m'est avec un grand plaisir de saluer tous les journalistes et participants réunis au Caire à l’occasion du séminaire à l’intention des médias sur la question de la paix au Moyen-Orient. Ce séminaire vient à point nommé.
Ces dernières semaines, nous avons assisté à la multiplication lente mais constante d’incidents violents et à la détérioration du climat de confiance entre Palestiniens et Israéliens. Nous traversons pourtant une période qui, malgré son caractère précaire, demeure porteuse d’espoir : la situation politique s’est améliorée à la suite des élections palestiniennes de janvier, qui ont fait date, de la réforme des services de sécurité palestiniens, des arrangements auxquels les parties sont parvenues à Charm el-Cheikh, et des préparatifs du désengagement israélien de Gaza et du nord de la Cisjordanie.
C’est pourquoi il nous faut, par-delà les difficultés et la peur, tirer parti de l’esprit de coopération retrouvé et garder les yeux sur notre objectif de longue date, à savoir deux États – Israël et une Palestine souveraine, viable et d’un seul tenant – vivant côte à côte dans la paix et la sécurité. Je n’ai cessé de souligner la nécessité pour chacun de s’abstenir de toute mesure unilatérale qui pourrait préjuger du règlement des questions relatives au statut définitif ou de l’application des résolutions de l’ONU. Le nouveau Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, Alvaro de Soto, a pris ses fonctions et il établit actuellement les premiers contacts avec toutes les parties concernées. Le Quatuor continue, pour sa part, d’insister auprès des deux parties pour qu’elles respectent les engagements qu’elles ont pris au titre de la Feuille de route; par la voix de son représentant spécial pour le désengagement de Gaza, James Wolfensohn, il montre sa détermination à faire en sorte que cette étape se déroule sans heurt et de façon à favoriser le redressement de l’économie palestinienne et à stimuler d’autres composantes du processus de paix.
Bien entendu, dès que l’on avance dans un processus de paix, tout semble possible. À l’inverse, lorsque le processus se bloque, on marche à reculons : les positions se durcissent, les rancœurs s’accumulent, on ne saisit pas les occasions qui se présentent, et la moindre provocation ou le plus léger malentendu risque de mettre le feu aux poudres. C’est ce qui s’est produit bien trop souvent dans le processus de paix israélo-palestinien. Les populations du Moyen-Orient vont avoir bientôt à franchir un certain nombre de caps décisifs. Avec l’aide de leurs partenaires régionaux et internationaux, elles peuvent éviter de retomber dans le conflit et la confrontation et, prenant appui sur les événements récents, prendre un nouveau départ sur la voie de la paix. Je vous remercie à nouveau pour votre participation et pour votre engagement en faveur de ce but, dont tant de choses dépendent.

Kofi Annan précise sa proposition de créer un Conseil des droits de l'homme


Dans un addendum à son rapport « Dans une liberté plus grande », le Secrétaire général a précisé le 3 juin 2005 sa proposition concernant la création Conseil des droits de l'homme qui remplacerait la Commission des droits de l'homme, qui a perdu de sa crédibilité. le 4 du même mois, le Président de l'Assemblée générale a présenté les conclusions des travaux des Etats Membres sur les propositions de Kofi Annan pour une réforme des Nations Unies.
Dans un « additif » à son rapport intitulé « Dans une liberté plus grande : développement, sécurité et respect des droits de l'homme pour tous », établi le 21 mars dernier et publié le 3 juin, le Secrétaire général, précise sa recommandation aux Etats Membres de créer Conseil des droits de l'homme.
Ce dernier est conçu comme un organe permanent « qui pourrait se réunir à tout moment pour s'occuper de crises imminentes », dont les membres devraient être moins nombreux que ceux de la Commission « pour des débats mieux circonscrits » et élus par l'Assemblée générale « ce qui lui conférerait au Conseil plus d'autorité que la Commission qui n'est un organe subsidiaire du Conseil économique et social ».
« Sortir l'examen des questions relatives aux droits de l'homme du cadre politiquement chargé d'une session de six semaines permettrait aussi de consacrer plus de temps à un suivi approfondi de l'application des décisions et des résolution », explique-t-il.
« Ce conseil serait plus représentatif et ses membres seraient plus responsables. L'élection directe par l'Assemblée générale – principal organe législatif des Nations Unies – conférerait à ce conseil une plus grande autorité que celle de la Commission, qui n'est qu'un organe subsidiaire du Conseil économique et social », avance-t-il.
« Un organe dont les membres seraient moins nombreux permettrait au Conseil des droits de l'homme de tenir des débats mieux circonscrits », ajoute-t-il.
Le Secrétaire général se déclare par ailleurs convaincu que « le Conseil des droits de l'homme devrait être installé à Genève, ce qui lui permettrait de continuer à travailler en coopération étroite avec le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme ».
« Le Conseil des droits de l'homme, en tant qu'organe permanent se réunissant à Genève, aurait la latitude d'affirmer sa présence en se réunissant parfois à New York. Il pourrait par exemple tenir des sessions extraordinaires à New York, ou installer des organes subsidiaires spécifiques à New York, de façon à être en relation plus étroite avec l'Assemblée générale, le Conseil de sécurité et le Conseil économique et social », ajoute-t-il.
Dans un discours prononcé devant la Commission des droits de l'homme le 7 avril dernier, le Secrétaire général avait apporté des précisions sur la proposition d'établir une nouvelle fonction, essentielle, qui serait un examen collégial exercé par le Conseil des droits de l'homme.
« Le Conseil des droits de l'homme aurait expressément une fonction de chambre d'examen collégial. Sa tâche première serait de déterminer dans quelle mesure tous les États s'acquittent de leurs obligations en matière de droits de l'homme. Il donnerait une expression concrète à l'idée que les droits de l'homme sont universels et indivisibles. Une égale attention devrait être accordée aux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels ainsi qu'au droit au développement ».
« Chaque État Membre se prêterait périodiquement à cet examen collégial. Ce roulement ne devrait pas cependant exclure que le Conseil des droits de l'homme s'occupe, quand elles se produisent, des violations massives et flagrantes des droits de l'homme. En fait, le Conseil devra pouvoir porter à l'attention urgente de la communauté mondiale d'éventuelles crises graves des droits de l'homme ».
« Ce mécanisme d'examen collégial compléterait mais ne remplacerait pas les procédures d'établissement de rapports instituées en vertu des traités relatifs aux droits de l'homme ».
« Un des aspects essentiels de cet examen collégial serait l'idée que tous les États sans exception se prêteraient à un examen, par tous les États Membres, de la façon dont ils s'acquittent de leurs obligations en matière de droits de l'homme. L'examen collégial aiderait à éviter dans la mesure du possible la politisation et la sélectivité qui sont des caractéristiques actuelles du système de la Commission des droits de l'homme. Il porterait sur l'intégralité des droits de l'homme, c'est-à-dire les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels ».
Le 27 mai dernier, lors du dévoilement de son Plan de réforme du Haut Commissariat des droits de l'homme, Louise Arbour, Haut Commissaire, avait appuyé la proposition de la création d'un Conseil des droits de l'homme.
Le 22 avril dernier, lors de la clôture de la session annuelle de la Commission des droits de l'homme, elle avait regretté que les questions relatives aux droits de l'homme restent traitées de manière insuffisante au niveau national et plaidé pour la création d'un Conseil des droits de l'homme
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Louise Arbour présente son plan de réforme du Haut Commissariat aux droits de l'homme

Louise Arbour, Haut Commissaire aux droits de l'homme, a dévoilé le 27 mai son plan d'action qui plaide pour le doublement du budget de son Bureau dans les cinq ans à venir, un renforcement de la présence sur le terrain et la création du Conseil des droits de l'homme, comme l'avait suggéré le Secrétaire général. Le Bureau de l'ONU pour les droits de l'homme ne bénéficie à l'heure actuelle que de 1,8% du budget des Nations Unies.
La Haut Commissaire aux droits de l'homme des Nations Unies, Louise Arbour, a adressé aujourd'hui au Secrétaire général de l'ONU un plan d'action sur l'amélioration de la mise en œuvre des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans le monde, indique un communiqué du Haut Commissariat aux droits de l'homme.
C'est le Secrétaire général qui a demandé la préparation de ce plan dans le cadre de son rapport intitulé « Dans une liberté plus grande : vers le développement, la sécurité et les droits de l'homme pour tous » qui recommande notamment le renforcement du Haut Commissariat aux droits de l'homme.
Le plan d'action préconise notamment une meilleure présence du Haut Commissariat dans les pays et une meilleure réactivité aux crises et aux besoins sur le terrain.
« Le caractère central des droits de l'homme au regard du mandat des Nations Unies ne fait pas de doutes ». Pourtant, « si le programme des Nations Unies en matière de droits de l'homme a fait des progrès historiques au cours des 60 dernières années », « son organe politique est aujourd'hui en difficulté, son rôle de surveillance est faible, et le Haut Commissariat souffre régulièrement d'une pénurie de ressources et de sous-équipement », indique Louise Arbour en introduction de son plan d'action.
Le plan présente une approche stratégique pour l'orientation future du Haut Commissariat aux droits de l'homme. Il définit notamment des domaines qui appellent une attention particulière : la pauvreté, la discrimination, les conflits armés, l'impunité, le déficit démocratique et les faiblesses institutionnelles.
Concrètement, il recommande une plus grande présence du Haut Commissariat sur le terrain grâce à des bureaux régionaux et nationaux, une meilleure surveillance de la situation des droits de l'homme dans les pays, davantage de recherche et d'analyse des situations dans chaque pays ayant une visée pratique et une capacité de réaction plus rapide aux demandes d'assistance qui lui sont adressées par les pays.
D'autres recommandations visent à renforcer la capacité du Haut Commissariat à déployer des « équipes de réaction rapide » en situation de crise, assurer une présence auprès des opérations de maintien de la paix dans les zones de conflit. Il est également proposé de créer une unité spéciale du Haut Commissariat sur la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et de renforcer les efforts de promotion des droits économiques, sociaux et culturels auprès du public.
Le plan d'action prévoit en outre un rôle de premier plan du Haut Commissaire pour favoriser une plus grande interaction avec les organes des Nations Unies concernés par les questions des droits de l'homme, l'établissement de partenariats plus étroits avec la société civile et la publication d'un rapport annuel thématique.
« L'objectif doit être de contribuer à combler le fossé qui sépare les idéaux des droits de l'homme exprimés dans l'enceinte des Nations Unies et les dures réalités du terrain » indique Louise Arbour.
Le texte souligne toutefois que pour que toutes ces recommandations se réalisent, il faudra une augmentation considérable des ressources.
« Alors que la Charte des Nations Unies identifie l'avancement des droits de l'homme comme l'un des principaux objectifs de l'Organisation, 1,8% du budget des Nations Unies seulement lui est affecté, et l'essentiel des ressources du Haut Commissariat proviennent de contributions extrabudgétaires ».
Louise Arbour estime donc dans son plan d'action que le Haut Commissariat devra doubler ses ressources au cours des cinq ou six prochaines années.
S'agissant de la proposition du Secrétaire général de réformer la Commission des droits de l'homme, qui deviendrait un Conseil des droits de l'homme chargé d'examiner les situations dans tous les pays, le Haut Commissariat « appuie fermement la proposition d'assurer la surveillance des situations dans les pays par un système efficace, juste et transparent d'examen par les autres États, et qui soit fondé sur l'universalité ».
« Pour sa part, le Haut Commissariat est disposé à contribuer aux efforts visant à trouver le meilleur moyen d'y parvenir », indique la Haute Commissaire aux droits de l'homme.
Louise Arbour avait regretté, lors de la clôture de la session annuelle de la Commission des droits de l'homme, que les questions relatives aux droits de l'homme restent traitées de manière insuffisante au niveau national. Elle avait également plaidé pour la création d'un Conseil des droits de l'homme qui remplacerait la Commission

TRIBUNE

Pour que la paix ait une chance au Darfour

Par Kofi A. Annan et Alpha Oumar Konaré*

S’il est difficile de savoir avec certitude combien de personnes ont péri dans le conflit au Darfour, dans l’ouest du Soudan, on sait que plus de 2,6 millions de personnes subissent les conséquences dévastatrices de ce conflit et ont besoin d’aide de toute urgence.
Des villages entiers ont été incendiés et des récoltes saccagées; des hommes ont été tués, des femmes violées, des enfants enlevés.
On sait que 1,9 million de personnes ont dû fuir et se réfugier ailleurs sur le territoire soudanais. D’autres ont pu rester chez elles, mais sont dans l’impossibilité de faire les semailles dont dépend leur survie. Si elles ne reçoivent pas des vivres très bientôt, elles devront à leur tour partir en quête de nourriture et iront grossir les rangs des déplacés dans des camps déjà surpeuplés.
Pendant un temps, les crimes commis contre les civils du Darfour n’ont pas fait les gros titres des journaux. Mais depuis plus d’un an, ils sont en première page. Qu’il ait fallu une mobilisation générale des médias pour que l’on intervienne enfin est au déshonneur non seulement du Soudan, mais aussi de la communauté internationale tout entière. Encore aujourd’hui, ceux qui essayent de mettre un terme à la crise du Darfour ne bénéficient pas du soutien qu’il leur faudrait.
Nos deux organisations ont uni leurs forces pour faire cesser l’horreur. L’Organisation des Nations Unies a pris la tête des opérations de secours et des efforts visant à ce que les auteurs des crimes les plus odieux ne puissent plus jouir de l’impunité. L’Union africaine a pris l’initiative pour ce qui est d’assurer la sécurité sur le terrain et de relancer les négociations politiques, seul moyen de rétablir une paix durable (ces négociations devraient reprendre le 10 juin à Abuja, au Nigéria).
Ces derniers mois, la situation s’est stabilisée et moins d’exactions massives ont été signalées. Une vaste opération humanitaire dirigée par l’ONU est en cours, plus de 10 000 agents humanitaires (pour la plupart soudanais) s’occupant de fournir des vivres, de l’eau, des abris et d’autres articles de première nécessité à près de 1,8 million de personnes. Dans les secteurs où ils sont déployés, les soldats de l’Union africaine font des efforts héroïques qui ont de réels effets : la population est plus à l’abri de la violence prédatrice, beaucoup de gens sont rentrés dans leurs villages et les attaques se sont faites moins fréquentes.
Dans certaines zones, la situation humanitaire est sans aucun doute meilleure qu’elle ne l’était il y a un an, mais l’accès demeure limité, le harcèlement des agents humanitaires a empiré et les conditions de sécurité demeurent excessivement mauvaises. Des centaines de milliers de personnes touchées par la guerre ne reçoivent toujours pas l’aide dont elles ont besoin et les soldats de l’Union africaine sont à ce jour trop peu nombreux pour se déployer sur l’ensemble d’un territoire aussi vaste. Les agents humanitaires sont régulièrement harcelés par les autorités locales, et parfois même attaqués, kidnappés ou menacés de violence. Les représentants des ONG humanitaires étrangères ont de plus en plus de mal à obtenir des visas. Et les camions qui acheminent les secours sont détournés, souvent par des rebelles. Ce mois-ci, deux chauffeurs du Programme alimentaire mondial ont été tués dans deux attaques séparées. Tous ces facteurs font que dans beaucoup de cas, ceux qui ont le plus besoin de l’aide ne la voient pas arriver.
La réaction de la communauté internationale est donc tragiquement insuffisante sur deux plans : il manque 350 millions de dollars pour aider plus de 3 millions de personnes à survivre jusqu’à la fin de cette année, et il faut plus de soldats, de policiers, d’avions et d’autres véhicules, d’activités de formation et de soutien logistique pour permettre à l’Union africaine de protéger la population dans une grande partie du Darfour.
Dans le cadre de nos efforts pour régler la crise du Darfour, nous avons convoqué ensemble la conférence des donateurs [qui se tiendra cette semaine/demain/qui se tient aujourd’hui,] à Addis-Abeba : pour donner au reste du monde – en particulier aux pays riches qui ont les moyens d’apporter des fonds, et dont les médias et l’opinion publique ont réclamé avec le plus d’instance que l’on mette fin aux atrocités au Darfour – l’occasion de serrer les rangs et d’offrir un soutien tangible aux Africains qui agissent concrètement sur le terrain. Cette conférence sera le prolongement de celle qui s’est tenue à Oslo le mois dernier, et à laquelle quelque 4,5 milliards de dollars d’aide ont été promis, principalement pour consolider la paix fragile qui s’est finalement instaurée entre le nord et le sud après 21 ans de guerre civile.
Certes, le Darfour ne pourra se remettre que si le reste du Soudan est en paix, et si le nouveau gouvernement d’unité nationale (qui devrait prendre ses fonctions en juillet) engage le pays tout entier sur une voie nouvelle n’excluant personne. La force de maintien de la paix de 10 000 hommes que l’ONU déploie actuellement dans le sud permettra donc à la paix de s’installer durablement partout dans le pays, y compris au Darfour.
Cela étant dit, il est urgent d’intervenir au Darfour même, et ce sur trois fronts.
Le financement de l’action humanitaire doit être intégralement assuré et toutes les parties doivent garantir la liberté de circulation et la sécurité des agents des organisations humanitaires, tant intergouvernementales que non gouvernementales.
Il faut accroître les effectifs de la force de l’Union africaine et lui apporter un soutien logistique et financier pour qu’elle puisse vraiment assurer la sécurité partout au Darfour, ce qui permettra aux gens de rentrer chez eux et de reprendre leurs activités agricoles. Les États africains qui ont promis des contingents doivent les fournir sans tarder et les donateurs doivent apporter les moyens nécessaires pour que ces contingents puissent être déployés. Tant le Gouvernement que les rebelles doivent s’assurer la maîtrise complète de leurs forces et milices et veiller à ce qu’elles respectent scrupuleusement le cessez-le-feu et le droit humanitaire.
Enfin, les parties au conflit doivent négocier un accord politique offrant de solides garanties en vue de l’instauration d’une paix durable. L’Union africaine et la communauté internationale dans son ensemble peuvent et doivent aider. Mais en fin de compte, les Soudanais sont les seuls à pouvoir faire et maintenir la paix.

* Les auteurs sont le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies et le Président de la Commission de l’Union africaine

Plus de ressources pour une réforme de l'ONU, demande Mark Malloch Brown au Congrès américain Devant le Comité des relations internationales de la Chambre des représentants, le chef de Cabinet de Kofi Annan a estimé que l'ONU ne souffre ni d'un excès de personnel ou de ressources, ni d'un défaut de surveillance de la part des Etats Membres. Il a engagé les Etats-Unis à faire cause commune avec les pays attachés à la réforme de l'ONU et présenté les mesures de réforme interne mises en oeuvre par l'Organisation pour la rendre plus flexible, plus responsable et plus transparente. Lire son intervention >>


TRIBUNE

Milliards promis, milliards dus

Par Kofi Annan
The New York Times, 13 avril 2005


2005 sera l’année décisive pour le plus grand pays d’Afrique, le Soudan. Les pays donateurs réunis à Oslo cette semaine ont promis une assistance de 4,5 milliards de dollars mais tout en applaudissant à leur générosité, je rappellerai que les promesses ne suffisent pas.
Le temps presse pour les Soudanais. Il faut que l’aide annoncée se transforme immédiatement en argent et que les éléments de protection soient renforcés au Darfour si l’on veut éviter de nouvelles morts et de nouvelles souffrances. Si nous échouons au Soudan, les conséquences de nos actes hanteront nos mémoires pendant des années.
Après 21 ans de guerre, deux millions de morts et quatre millions de déplacés, le Soudan est enfin aux portes de la paix. Mais il s’agit d’une paix mal assurée, et ce sont les violences, la maladie et le déracinement qui font encore le quotidien d’un pays désespérément pauvre, où un enfant sur quatre meurt avant 5 ans, où près de la moitié des enfants sont mal nourris, où 5 % des filles seulement vont à l’école.
Dans un tel milieu, la paix ne sera pas facile à consolider et elle sera coûteuse. Faut-il rappeler que près de la moitié des pays qui sortent d’une guerre civile retombent dans la violence dans les cinq années qui suivent? Il est urgent que l’aide internationale accompagne le Soudan pour qu’il franchisse sans encombre le difficile passage de la guerre à la paix.
Les besoins sont multiples, les nécessités immédiates. Plus de trois millions de civils qui avaient fui la violence peuvent maintenant revenir dans le sud du Soudan et reconstruire leur vie. Deux millions d’entre eux ont besoin de vivres. S’ils ne sont pas nourris, si les anciens soldats ne se réinsèrent pas ou ne sont pas formés à un autre métier, la paix ne tardera pas à se dégrader et disparaître.
Les milliards annoncés cette semaine seront utiles, mais un peuple affamé ne se nourrit pas de promesses. Les longues et amères expériences du passé nous ont enseigné que les promesses des bailleurs de fonds restaient souvent lettre morte. Dans le cas du Cambodge, du Rwanda et du Libéria, pour ne citer qu’eux, une grande part des fonds annoncés ne s’est jamais matérialisée, alors que bien des morts auraient autrement été évitées.
En 1992 par exemple, les donateurs avaient annoncé 880 millions de dollars pour le relèvement du Cambodge qui sortait de la guerre : trois années plus tard, ils n’avaient versé que 460 millions. En 2003, pour le tremblement de terre de Bam, en Iran, les donateurs avaient promis un milliard de dollars pour aider à surmonter la catastrophe; près d’un an plus tard, moins du cinquième avait été versé.
Dans le cas du Soudan, nous devons faire mieux. J’engage les donateurs à convertir sans tarder leurs promesses généreuses en argent et j’engage l’opinion publique à leur demander des comptes s’ils ne le font pas. Respectons cette fois nos engagements, ne feignons pas de ne pas voir une génération de Soudanais qui a mérité la paix et qui en a désespérément besoin.
Au Darfour, les vivres sont déjà rationnés dans les camps; la saison des pluies va commencer et il sera plus difficile et plus coûteux d’acheminer les secours. Dans quelques semaines seulement nous serons à court de vivres pour deux millions de personnes.
Nul ne sait vraiment combien de morts a fait le conflit au Darfour mais certains commentateurs parlent de plus de 300 000 victimes. Si la situation se dégrade encore, quatre millions de personnes, c’est-à-dire les deux tiers des habitants du Darfour, auront besoin de secours alimentaires avant la fin de l’été.
L’aide alimentaire n’est pas la seule urgence, il faut aussi agir contre les responsables des violences. La Commission internationale d’enquête que j’ai nommée à la demande du Conseil de sécurité des Nations Unies a constitué un abondant dossier de meurtres, viols en masse, enlèvements et autres atrocités commises au Darfour, et beaucoup d’autres parties intéressées ont fait de même. Nous savons ce qui se passe au Darfour : la question est de savoir si nous voulons faire plus pour y mettre fin.
L’été dernier, le Conseil de sécurité, les États-Unis et l’Union européenne ont déclaré à l’unisson que le problème du Darfour était au premier rang de leurs priorités. Ce n’est que le mois dernier que le Conseil de sécurité a décidé d’imposer des sanctions à ceux qui violent le droit international au Darfour et qu’il a, par une décision historique sans précédent, adressé le dossier au Procureur de la Cour pénale internationale de justice, faisant ainsi le premier geste dans la lutte contre l’impunité. La semaine dernière, j’ai remis au Procureur la liste confidentielle des individus identifiés par la Commission d’enquête.
Nous sommes reconnaissants aux dirigeant africains du concours qu’ils nous ont apporté jusqu’à présent, mais des milliers de soldats supplémentaires sont nécessaires, ni aujourd’hui, ni demain : il nous les fallait déjà hier.
Offrir de l’aide sans offrir de protection, c’est en effet mettre la charrue avant les bœufs.
Leur présence est indispensable, mais les agents humanitaires n’ont pas d’armes et ne peuvent protéger les civils des meurtres, des viols et des agressions. Nous nous sommes collectivement abstenus de mettre en place une force beaucoup plus importante, ce qui est d’autant plus regrettable et inexcusable que les conséquences en sont plus graves pour les dizaines de milliers de familles que nous avons laissées sans protection.
Nous avions déjà connu cela, il y a 10 ans, en Bosnie : les habitants regardaient passer les camions de l’aide internationale tandis que leurs voisins se faisaient abattre en plein jour. Ils disaient : « Au moins, nous mourrons le ventre plein ». Allons-nous assister les bras croisés au même drame au Darfour?
J’invite instamment tous ceux qui peuvent avoir une influence sur les parties en guerre à les persuader de revenir sans attendre à la table de négociation et à s’entendre sur un règlement politique.
C’est une année décisive pour le Soudan et il est capital que la communauté internationale se hâte de fournir les ressources qui permettront de consolider la paix fragile qui s’installe dans le sud et de protéger les civils d’une recrudescence des violences au Darfour. Nous savons de quoi nous avons besoin : de l’argent pour gagner la paix dans le sud, plus de soldats de l’Union africaine pour mettre fin aux atrocités au Darfour, des pressions politiques pour régler le conflit. Ce n’est pas plus compliqué que cela, mais c’est essentiel.

Kofi A. Annan est Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies.

TRIBUNE

Une saison de renouveau à l’Organisation
des Nations Unies

Par Kofi Annan


Lundi, j’ai présenté mon rapport intitulé « Dans une liberté plus grande » à l’Assemblée générale des Nations Unies. Pour mes lecteurs à New York, lundi était aussi le premier jour du printemps, et j’espère que cela marquera un nouveau début pour le système international, et pour l’ONU elle-même.
Certains estimeront qu’il s’agit d’une déclaration surprenante et prétentieuse de la part d’une organisation qu’ils considèrent comme faisant partie d’un ordre mondial dépassé et qui, de toute façon, n’a pas grand-chose à voir avec la liberté.
Cependant, les mots « dans une liberté plus grande » sont tirés du préambule de la Charte des Nations Unies, dont j’ai utilisé les premiers mots, « Nous, peuples des Nations Unies », comme titre de mon rapport du Millénaire il y a cinq ans. Dans les deux cas, je souhaitais rappeler aux gouvernements du monde, qui m’ont confié ce poste et auxquels je dois rendre des comptes, qu’à l’Organisation des Nations Unies, ils ne représentent pas les gouvernements eux-mêmes, mais leurs différents peuples, qui attendent d’eux qu’ils collaborent en vue de parvenir aux buts définis dans la Charte.
Ces buts peuvent être résumés comme étant la paix, les droits de l’homme, la justice et le développement – mais en 1945, ce dernier mot n’était pas encore à la mode comme il l’est aujourd’hui. Les mots qui figurent effectivement dans la Charte sont « à favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande ».
Par cette expression magnifique, nos fondateurs ont à la fois indiqué clairement que le développement n’est possible que dans des conditions de liberté et que les citoyens ne peuvent bénéficier de la liberté politique que lorsqu’ils ont au moins une bonne possibilité de parvenir à un niveau de vie décent. Mais on peut considérer qu’une « liberté plus grande » englobe également les autres buts. On ne peut être réellement libre que si l’on est à l’abri de la guerre et de la violence, et si les droits fondamentaux et la dignité sont consacrés par la loi. Les droits de l’homme, le développement et la sécurité sont mutuellement interdépendants et, pris ensemble, ils constituent une liberté plus grande.
Ils constituent également les trois principaux piliers d’un programme de l’ONU qui peut certainement avoir aujourd’hui un attrait mondial – des objectifs simples et facilement compréhensibles, qui sont de toute évidence importants pour tous les hommes et toutes les femmes, qu’il s’agisse des citoyens de Londres ou de New York qui craignent une nouvelle attaque terroriste, ou d’habitants de taudis ou de villageois en Amérique latine et en Afrique, où la faim, la maladie, la désertification et les guerres civiles semblent être les menaces les plus immédiates.
Bien entendu, l’ONU ne parvient pas toujours à ces nobles aspirations, étant donné qu’elle reflète les réalités de la politique mondiale, tout en s’efforçant de les transcender. Cependant, la liberté politique a fait des progrès dans le monde lorsque, d’abord, les peuples d’Asie et d’Afrique se sont libérés du colonialisme et qu’ensuite, un nombre croissant de peuples ont secoué le joug de la dictature, affirmant leur droit de choisir leurs propres dirigeants.
Il y a 20 ans, il était pratiquement impensable que l’ONU puisse prendre parti entre la démocratie et la dictature, ou essayer d’intervenir dans les affaires intérieures de ses Membres.
Aujourd’hui, en revanche, pratiquement tous les États Membres de l’ONU acceptent que la démocratisation est quelque chose de souhaitable, au moins en théorie, et l’ONU elle-même fait plus que toute autre organisation pour promouvoir et renforcer les institutions et les pratiques démocratiques dans le monde entier. Au cours de l’année écoulée, elle a organisé ou aidé à organiser des élections dans plus de 20 pays – souvent à des moments décisifs de leur histoire, comme cela a été le cas en Afghanistan, en Palestine, en Iraq et au Burundi. Les États Membres de l’Organisation peuvent maintenant décider, s’ils le souhaitent, d’accroître cette assistance, et de rendre les mécanismes internationaux de défense des droits de l’homme plus efficaces et plus crédibles.
Je leur ai proposé, dans mon rapport, un moyen de mettre les droits de l’homme sur un pied d’égalité avec la sécurité et le développement dans une ONU renouvelée.
Soixante années de paix et de croissance économique dans le monde industriel donnent aussi, pour la première fois, à la race humaine la puissance économique et les moyens techniques de surmonter la pauvreté et les maux dont elle s’accompagne. Et, grâce, en grande partie, à la série de conférences des Nations Unies qui a connu son apogée en 2002 avec les Sommets de Monterrey et de Johannesburg, on s’accorde maintenant très largement sur ce qu’il convient de faire. Les ambitieux « objectifs du Millénaire pour le développement » que se sont fixés les Nations Unies en s’engageant à réduire de moitié l’extrême pauvreté d’ici à 2015 sont devenus pour les peuples pauvres du monde nouvellement affranchis une sorte de manifeste.
Rien ne peut plus désormais excuser que l’on laisse plus d’un milliard de nos compagnons de route vivre dans une misère abjecte. Il ne nous faut rien d’autre que quelques claires décisions de la part des gouvernements des pays riches comme des pays pauvres.
Il y a cinq ans, la paix et la sécurité nous semblaient davantage à notre portée que l’objectif du développement. Les attaques terroristes et les controverses acerbes sur l’Iraq ont depuis lors beaucoup ébranlé nos certitudes, et des conflits haineux persistent dans plusieurs régions d’Afrique. Mais de la crise peuvent surgir des opportunités. Confrontées aux mêmes périls, les nations prennent plus vivement conscience de la nécessité d’une réponse collective. Des décisions peuvent et doivent être prises pour renforcer notre défense et notre action communes face au terrorisme, aux armes de destruction massive, au crime organisé, aux brutales épidémies mondiales, aux changements climatiques, à l’effondrement d’États, à la guerre civile et aux génocides.
L’Organisation des Nations Unies est pour les États souverains l’instance au sein de laquelle ils peuvent élaborer des stratégies communes pour s’attaquer aux problèmes du monde et l’instrument leur permettant de mettre en œuvre ces stratégies. Or celui-ci peut considérablement gagner en efficacité si l’organe directeur de l’Organisation, l’Assemblée générale, est mieux organisé, nous donne, à nous qui sommes son Secrétariat, des directives plus précises en nous laissant la latitude nécessaire pour leur mise à exécution, et nous en tienne précisément responsables. Le Conseil de sécurité, pour sa part, devrait être beaucoup plus représentatif, mais il faudrait aussi qu’il se montre plus capable d’agir et plus déterminé à le faire quand il le faut.
J’ai proposé que des décisions soient prises dans tous ces domaines, et demander aux dirigeants du monde entier de répondre par l’action à ces propositions au Sommet des Nations Unies en septembre. À ce moment-là, nous serons, dans l’hémisphère Nord, aux abords de l’automne. Mais si les dirigeants du monde se montrent à la hauteur de leurs responsabilités, ce sera pour les Nations Unies l’amorce du renouveau et pour l’humanité un regain d’espoir en un monde plus libre, plus équitable et plus sûr.
*’auteur est Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies
.

Le Secrétaire général de l'ONU a présenté à Madrid une stratégie contre le terrorisme A l'invitation du Sommet international sur la démocratie, le terrorisme et la sécurité, Kofi Annan a présenté le 10 mars une stratégie contre le terrorisme sur la base du rapport du Groupe de personnalités de haut niveau. Kofi Annan a appellé notamment les Etats Membres à soutenir les propositions formulées dans le Rapport sur les menaces, les défis et le changement du Groupe de personnalités de haut niveau, qui lui a été remis en décembre dernier.

Kofi Annan inaugure la Stratégie mondiale
de lutte contre le terrorisme à Madrid


Accord sur une convention relative au terrorisme,
respect des droits de l’homme et renforcement
des capacités de l’État en matière de prévention
du terrorisme : éléments clefs d’une stratégie

Le 10 mars 2005, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Kofi Annan, a engagé les États Membres à adopter une approche commune pour combattre le terrorisme. En particulier, il a exhorté les pays à rechercher une concordance de vues sur la nature de la menace et à surmonter les dissensions et les atermoiements dans les négociations portant sur la définition de la notion de terrorisme, qui depuis trop longtemps affaiblissaient l’autorité morale de l’Organisation. S’adressant à un auditoire international à Madrid, le Secrétaire général a exposé les grands axes d’une stratégie à l’échelle du système des Nations Unies pour lutter contre le terrorisme dans le monde entier. Dans son allocution, il a énuméré les cinq éléments clefs d’une « stratégie globale et fondée sur des principes » pour lutter contre le terrorisme à l’échelle mondiale :

• Faire comprendre aux groupes marginalisés que le terrorisme n’est pas une tactique acceptable pour atteindre leurs objectifs;
• Dénier aux terroristes l’accès aux moyens qui leur permettent de mener leurs attaques;
• Dissuader les États de soutenir des terroristes;
• Renforcer les capacités de l’État en matière de prévention du terrorisme;
• Défendre les droits de l’homme dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

En exposant ces cinq éléments qui constituent l’épine dorsale de la nouvelle stratégie de lutte contre le terrorisme, le Secrétaire général engage les États Membres à suspendre les débats politiques sur le « terrorisme d’État » et le « droit de résister à l’occupation » et à s’entendre pour conclure une convention globale prohibant le terrorisme sous toutes ses formes. Il a exhorté les dirigeants à se rallier autour de la définition claire que le Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement a proposée pour le terrorisme afin de guider leurs travaux. Le Groupe préconisait une définition dans laquelle on indiquerait clairement que serait qualifié de terrorisme « tout acte commis dans l’intention de causer la mort ou des blessures graves à des civils ou à des non-combattants, qui a pour objet d’intimider une population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir un acte ou à s’abstenir de le faire ».
Le Secrétaire général a souligné que non seulement les dirigeants politiques, mais encore les dirigeants religieux et ceux de la société civile devaient dénoncer ouvertement la tactique du terrorisme comme étant criminelle et inexcusable. Il a fait observer que la véritable cause première du terrorisme résidait dans le fait que les groupes terroristes étaient convaincus que leur tactique était efficace et approuvée au moins par ceux au nom desquels ils prétendaient agir. La tâche qui nous incombe est de démontrer de façon indiscutable qu’ils ont tort, a-t-il ajouté.
La nécessité de responsabiliser davantage tous les États et de renforcer leurs moyens d’action pour la prévention et la répression du terrorisme était un autre élément clef de la lutte mondiale contre le terrorisme. Le Secrétaire général a déclaré qu’il fallait pour cela promouvoir la bonne gouvernance et surtout la primauté du droit en s’appuyant sur des forces de police et de sécurité compétentes qui respectaient les droits de l’homme. Le respect des droits de l’homme était d’ailleurs mis en exergue en tant que l’un des cinq éléments clefs de la stratégie. Le Secrétaire général a fait remarquer à cet égard que la défense des droits de l’homme ne devait pas simplement être compatible avec une stratégie efficace de lutte contre le terrorisme. Elle en constituait un élément essentiel.
Pour ce qui est de la mise en œuvre des principales dispositions de la stratégie, le Secrétaire général a annoncé la création d’une équipe spéciale au sein de son cabinet, qui se réunirait régulièrement pour examiner les questions relatives au traitement du terrorisme et les questions connexes à l’échelle du système des Nations Unies. Il a précisé qu’il souhaitait que tous les rouages du système assument le rôle qui devait être le leur : tous les départements et organismes des Nations Unies pouvaient et devaient concourir à la mise en œuvre de cette stratégie.
Le Secrétaire général a prononcé cette allocution lors de la séance plénière de clôture du Sommet international sur la démocratie, le terrorisme et la sécurité qui a eu lieu à Madrid en hommage à la mémoire des victimes des attentats perpétrés l’an dernier dans la gare ferroviaire. Dans son rapport qui est paru en décembre, le Groupe de personnalités de haut niveau a souligné la nécessité d’une stratégie globale de lutte contre le terrorisme à l’échelle du système des Nations Unies et demandé au Secrétaire général de jouer un rôle moteur dans son élaboration.

Pour de plus amples informations,
voir http://www.un.org/french/terrorism/index.html

De l’importance de l’ONU
Par Kofi A. Annan


Au cours de l’année passée, j’ai lu de nombreux articles attaquant l’Organisation des Nations Unies.
J’en suis blessé, car j’ai servi l’Organisation toute ma vie. J’ai essayé, et j’essaie toujours, de toutes mes forces, de corriger ses imperfections, de l’améliorer et de la rendre plus forte. Je crois profondément à l’importance de cette tâche, parce qu’une ONU forte est vitale pour l’humanité.
Lorsque l’effroyable catastrophe du tsunami a eu lieu dans l’océan Indien, causant la mort de plus de 150 000 personnes et détruisant les moyens d’existence de millions d’autres, le Président Bush a entrepris rapidement de regrouper quelques pays de la région disposant de forces militaires. Il a pris la mesure qui s’imposait, permettant ainsi aux opérations de secours de démarrer rapidement, ce qui était essentiel.
Mais une semaine après, lorsque toutes les parties intéressées se sont réunies à Jakarta pour planifier et coordonner l’initiative multinationale, toutes, y compris les États-Unis, ont estimé que l’ONU devait jouer le rôle de chef de file.
Pourquoi? Pour deux raisons.
Premièrement, l’ONU possède les compétences nécessaires. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, que j’ai créé en 1997 peu après avoir pris mes fonctions, est exactement conçu pour la tâche requise : il s’agit d’une structure légère, qui n’entrave le travail et n’empiète sur le domaine de personne, mais permet de localiser rapidement les sources d’approvisionnement en fournitures nécessaires et d’entrer en contact avec tout organisme en mesure de les livrer.
La deuxième raison, qui est plus importante encore, est que tout le monde était prêt à travailler avec l’ONU : les gouvernements et la population des pays touchés, les donateurs et les organisations à but non lucratif, dont le rôle est si indispensable dans toutes les situations d’urgence, à petite ou grande échelle. Tous reconnaissent que le rôle de chef de file doit revenir à l’ONU, parce qu’elle ne dépend de personne : elle appartient au monde entier.
Voici encore un autre exemple de l’importance de l’ONU – un exemple moins évident car il appartient à un contexte politique où se manifestent de graves divergences : il s’agit de l’Iraq. On ne peut nier que la guerre engagée en Iraq il y a deux ans a fait perdre à bien des gens, de quelque côté qu’ils soient, leur confiance en l’ONU. Ceux qui étaient favorables à une opération militaire contre Saddam Hussein ont été déçus du fait que le Conseil de sécurité n’ait pas eu, selon eux, le courage de faire respecter ses propres résolutions. Et ceux qui y étaient opposés ont été frustrés par l’incapacité de l’ONU d’empêcher une guerre qu’ils jugeaient inutile ou prématurée.
Pourtant, lorsque les États-Unis et leurs alliés ont eu besoin d’une institution iraquienne capable de mobiliser un vaste soutien national et international pour les aider à diriger le pays, ils se sont tournés vers l’ONU et vers mon Représentant spécial, Sergio Vieira de Mello, sollicitant leur aide et leurs conseils. Mon Représentant spécial a convaincu Paul Bremer qu’une telle institution devait être un conseil de gouvernement et non un simple organe consultatif, et il a persuadé les principaux dirigeants iraquiens, comme l’Ayatollah Sistani, de laisser leurs partisans s’y associer. Sergio et vingt et un de ses collègues ont payé de leur vie le courage et la détermination avec lesquels ils ont voulu aider le peuple iraquien – à l’instar, malheureusement, de trop nombreux fonctionnaires de l’ONU dont le monde n’entend guère parler.
L’année dernière, lorsque les membres de la coalition ont voulu transférer le pouvoir à un gouvernement iraquien intérimaire, ils ont à nouveau fait appel à l’aide de l’ONU. Ils savaient que seule la participation de l’ONU au choix du nouveau gouvernement pouvait faire accepter celui-ci en tant que gouvernement légitime et souverain.
Aussi bien les Iraquiens que les Américains ont sollicité le concours de l’ONU pour l’organisation des élections tenues le mois dernier. L’ONU a participé à l’élaboration du projet de loi électorale et du projet de loi sur les partis politiques, à la sélection et à la formation des membres de la commission électorale indépendante et de centaines d’organisateurs (qui en ont ensuite formé des milliers d’autres), et à l’établissement des listes électorales. Elle était là, aussi, pour donner des conseils quant à la conduite des élections elles-mêmes, au dépouillement du scrutin et à l’annonce des résultats. Je le répète, nous avions le savoir-faire nécessaire – nous avons organisé ou aidé à organiser des élections dans 92 pays, y compris tout récemment en Afghanistan et en Palestine. Mais le plus important était la légitimité apportée par notre participation. Les résultats d’une élection organisée par les puissances de la coalition ou par des Iraquiens choisis par elles auraient été bien moins largement acceptés dans le monde, et probablement en Iraq.
Aujourd’hui, les Iraquiens ont leur Assemblée nationale de transition élue, et ils auront bientôt un gouvernement élu qui sera responsable devant cette assemblée. Celle-ci est chargée d’établir un projet de constitution qui soit acceptable par tous les Iraquiens, et le gouvernement doit isoler ses opposants les plus violents en gagnant la confiance des groupes qui n’ont pas participé aux élections
– principalement des Arabes sunnites – et en les associant au processus politique.
Là encore, l’ONU peut apporter son aide, et elle le fera. Nous pouvons donner des conseils d’experts, s’ils nous sont demandés, en vue de l’élaboration du projet de constitution. Nous pouvons entrer en contact avec les groupes – principalement les Arabes sunnites – qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas participé aux élections mais sont prêts à négocier et à dialoguer pacifiquement pour atteindre leurs objectifs. Et nous pouvons aussi rassembler la communauté mondiale dans un effort commun afin d’aider l’Iraq à se reconstruire et à soigner les blessures de la dictature et de la guerre.
Même les cicatrices laissées par les divergences passées peuvent devenir aujourd’hui des chances à saisir. C’est précisément parce qu’il n’y a pas eu d’accord à l’ONU concernant certaines mesures qui ont été prises en Iraq qu’elle a aujourd’hui acquis la crédibilité dont elle a tant besoin aux yeux de groupes iraquiens dont la participation au nouveau processus politique est indispensable à la paix, et qu’elle peut entrer en contact avec eux. Elle peut jouer un rôle utile parce qu’elle est considérée comme indépendante et impartiale. Si elle apparaissait un tant soit peu comme un simple instrument ou une prolongation de la politique étrangère des États-Unis, elle n’aurait aucune valeur pour personne.
La liste pourrait encore être longue. Je pourrais évoquer nos 18 opérations de maintien de la paix dans des pays déchirés par la guerre, et les dizaines de millions de gens sans abri et affamés, en plus des victimes du tsunami, auxquels nous apportons des secours. Si des critiques mal informés cherchent à faire s’écrouler l’ONU, qu’ils sachent que ceux auxquels ils nuisent le plus ne sont pas des diplomates ou des bureaucrates, mais des gens innocents victimes de la guerre ou de la pauvreté, qui ont désespérément besoin de l’aide internationale.
Certains dénoncent le fait qu’aucun principe ne semble guider l’ONU dans la prise de décisions, et montrent du doigt des compromis inévitables dans un organisme qui regroupe 191 États Membres. Ceux qui reprochent à l’ONU de ne pas servir l’intérêt mondial devraient, parallèlement, faire une analyse critique des décisions prises par chaque nation au sein de l’ONU. Ils s’apercevront alors que ce ne sont pas les critiques qui manquent. Mais ils devront aussi se rappeler que l’ONU, tout comme les États-Unis et d’autres grandes démocraties, est une œuvre en évolution et qu’elle s’efforce à chaque instant de réduire l’écart qui sépare la réalité des idéaux qui lui ont donné naissance. L’existence de cet écart devrait être une raison de plus pour que ceux qui chérissent la liberté et la paix s’emploient à renforcer l’ONU et non à l’abattre.
Bien sûr, l’ONU est loin d’être parfaite – même si certaines allégations récentes à son encontre sont exagérées. Le rapport intérimaire de l’enquête indépendante menée par M. Paul Volcker a contribué à donner une vision objective du programme « pétrole contre nourriture ». Les exagérations les plus graves émises intentionnellement à son sujet se sont révélées fausses.
Néanmoins, je suis le premier à admettre que des manquements réels et inquiétants – manquements à l’éthique, gestion laxiste – ont été révélés. Avec l’aide des États Membres, je suis déterminé à mener à bien les réformes de la gestion, dont les conclusions de l’enquête de M. Volcker démontrent clairement l’urgence.
Plus révoltants encore sont les actes d’exploitation sexuelle et les sévices contre des mineurs commis à grande échelle par des membres du personnel de maintien de la paix et des fonctionnaires de l’ONU en République démocratique du Congo et dans d’autres pays africains. Le Secrétariat de l’ONU et les États Membres ont été trop lents à réaliser l’étendue du problème, à prendre des mesures pour y mettre fin et punir les coupables. Mais les procédures sont en marche et je suis déterminé à les mener à leur terme.
Depuis huit ans que j’occupe le poste de Secrétaire général, j’ai déjà accompli beaucoup de choses – avec le soutien des États Membres – pour rendre l’ONU plus homogène et efficace. Nous devons maintenant lui donner plus de transparence et la responsabiliser davantage – non seulement devant les diplomates qui représentent les gouvernements Membres mais aussi, directement, devant le public.
L’ONU ne peut espérer survivre au XXIe siècle que si les citoyens ordinaires, partout dans le monde, pensent qu’elle leur sert à quelque chose – en contribuant à les protéger contre les conflits (tant civils qu’internationaux), mais aussi contre la pauvreté, la faim, les maladies et la dégradation de leur milieu naturel. Les dernières années écoulées nous ont appris à nos dépens qu’un monde dans lequel des pays entiers sont laissés à la merci de mauvais gouvernants ou abandonnés à la misère met chacun de nous en péril. Nous devons contrer les maladies et la faim, ainsi que le terrorisme, la prolifération des armes meurtrières et la criminalité – en commençant de toute urgence par prendre des décisions au Conseil de sécurité pour faire cesser les crimes horribles commis au Darfour et en traduire les auteurs devant la justice internationale.
Au mois de septembre, nous aurons réellement la possibilité de rendre l’ONU plus utile à tous ses Membres. Les dirigeants des pays du monde entier viendront à New York pour un sommet organisé sous l’égide des Nations Unies. Je leur proposerai un programme de mesures ambitieuses mais réalisables pour que l’ONU fonctionne mieux et que le monde soit plus juste et plus sûr.
Je suis convaincu que c’est ce que veulent tous les peuples du monde, y compris les Américains. Mais, plus que les autres, les Américains ont le pouvoir de le faire – s’ils écoutent les autres et travaillent avec eux, et prennent l’initiative d’un effort concerté. En espérant qu’ils le feront, je me réjouis vivement
à la perspective du sommet de septembre.

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